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 Textes complémentaires

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redelberg patrick
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Date d'inscription : 10/11/2011

MessageSujet: Textes complémentaires   Jeu 10 Mai - 13:43

Je vous donnerai, dans cette rubrique, des textes complémentaires au groupement de textes de la séquence. Ainsi, concernant l'extrait du Discours de la servitude volontaire, de notre ami Etienne de La Boétie vous pourriez citer cet extrait du livre de Cyrano de Bergerac dont nous avons déjà étudié un passage. Je vous laisse le temps de le lire, deux fois, au moins, et on se retrouve ensuite!...

"Vous vous étonnez, continua-t-il, d’une coutume si contraire à celle de votre pays ? Mais elle ne répugne point à la droite raison; car en conscience, dites-moi, quand un homme jeune et chaud est en force d’imaginer, de juger et d’exécuter n’est-il pas plus capable de gouverner une famille qu’un infirme sexagénaire, pauvre hébété, dont la neige de soixante hivers a glacé l’imagination et qui ne se conduit que par ce que vous appelez expérience des heureux succès, qui ne sont cependant que de simples effets du hasard contre toutes les règles de l’économie de la prudence humaine. Pour du jugement, il en a aussi peu, quoique le vulgaire de votre monde en fasse un apanage de la vieillesse; mais pour se désabuser, il faut qu’il sache que ce qu’on appelle « prudence » en un vieillard n’est autre chose qu’une appréhension panique , une peur enragée de ne rien entreprendre qui l’obsède. Ainsi quand il n’a pas risqué un danger où un jeune homme s’est perdu, ce n’est pas qu’il en préjugeât la catastrophe, mais il n’avait pas assez de feu pour allumer ces nobles élans qui nous font oser; au lieu que l’audace en ce jeune homme était comme un gage de la réussite de son dessein, parce que cette ardeur qui fait la promptitude et la facilité d’une exécution était celle qui le poussait à entreprendre. Pour ce qui est d’exécuter, je ferais tort à votre esprit de m’efforcer à le convaincre de preuves. Vous savez que la jeunesse seule est propre à l’action; et si vous n’en étiez pas tout à fait persuadé, dites-moi, je vous prie, quand vous respectez un homme courageux, n’est-ce pas à cause qu’il vous peut venger de vos ennemis, ou de vos oppresseurs? Et est-ce par autre considération que par pure habitude que vous le considérez, lorsqu’un bataillon de septante janviers a gelé son sang, et tué de froid tous les nobles enthousiasmes dont les jeunes personnes sont échauffées pour la justice ? Lorsque vous déférez au plus fort, n’est-ce pas afin qu’il vous soit obligé d’une victoire que vous ne sauriez lui disputer ? Pourquoi donc vous soumettre à lui, quand la paresse a fondu ses muscles, débilité ses artères, évaporé ses esprits, et sucé la moelle de ses os ! Si vous adoriez une femme, n’était-ce pas à cause de sa beauté ? Pourquoi donc continuer vos génuflexions après que la vieillesse en a fait un fantôme à menacer les vivants de la mort ? Enfin lorsque vous honoriez un homme spirituel, c’était à cause que par la vivacité de son génie il pénétrait une affaire mêlée et la débrouillait, qu’il défrayait par son bien dire l’assemblée de plus haut carat, qu’il digérait les sciences d’une seule pensée et que jamais une belle âme ne forma de plus violents désirs que pour lui ressembler. Et cependant vous lui continuez vos hommages, quand ses organes usés rendent sa tête imbécile et pesante, et lorsqu’en compagnie, il ressemble plutôt par son silence la statue d’un dieu foyer qu’un homme capable de raison."

C'est bon?...Tout le monde l'a lu attentivement?....Quoi?...M. Tu ne l'as pas lu encore????? Tu as simplement rempli l'intérieur de tous les "o" à l'encre rouge???? Mais ce n'est pas le but!!!!!...M. secoue-toi un peu!.... Bon, j'attends encore un peu, donc!...

Vous avez donc tous noté la ruse, la stratégie argumentative déployée par notre divin Cyrano!...Tu as raison, C.!...En effet, jusque la ligne 12, Cyrano flatte le lecteur ( jeune) en développant un violent réquisitoire contre le fait que le pouvoir soit confisqué par des personnes âgées!...qui n'ont pourtant plus, selon lui, les aptitudes nécessaires à cette tâche... Je t'ai entendue, L. quand tu as dit à ton voisin que c'était comme en cours de français!....Tu as raison!..C'est comme en cours!....et s'il y en a un qui veut s'attaquer à mon despotisme, je l'écoute!...Personne?...C'est sûr?... Bon, reprenons!
Dans cette première partie, Cyrano crée une complicité avec le lecteur en attaquant un tiers....Mais, regardez la suite!....De qui se moque-t-il à présent???? Oui, M., tu as tout compris!.... Il se moque du lecteur jeune, qu'il a amadoué dans un premier temps!...Il se moque de lui pour son aptitude...à la soumission!....comme le fait si admirablement Etienne de La Boétie!...Vous pouvez donc mettre en relation ces deux textes!...Tout le monde a compris?... M. toujours pas?....Oui, mais qui te demande de remplir l'intérieur des "a" en vert quand j'explique?!!!! Un peu de sérieux, tout de même!.....




Cyrano de Bergerac, p.83
Les Etats et Empires de la Lune
(ed. posthume, 1657)
GF Flammarion


Lettres persanes, Montesquieu

Vous pouvez, également, citer cette lettre extraite du roman épistolaire pour venir compléter votre analyse du texte de Cyrano de Bergerac. Il livre là une description d'un monde, et surtout, d'une religion, d'une pratique religieuse...aux antipodes du monde du XVIIIe.Là, encore, vous retrouvez les deux fonctions essentielles du texte utopique: faire réfléchir, suggérer, proposer d'autres mode de vie, de pensée, mais aussi, crtiquer, dénoncer, stigmatiser les pratiques en cours à l'époque de l'éc riture des textes.


Lettre XII.

USBEK au même.


Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n’en resta que deux, qui échappèrent aux malheurs de la nation. Il y avait, dans ce pays, deux hommes bien singuliers : ils avaient de l’humanité; ils connaissaient la justice; ils aimaient la vertu : autant liés par la droiture de leur coeur, que par la corruption de celui des autres, ils voyaient la désolation générale, et ne la ressentaient que par la pitié : c’était le motif d’une union nouvelle. Ils travaillaient, avec une sollicitude commune, pour l’intérêt commun; ils n’avaient de différends, que ceux qu’une douce et tendre amitié faisait naître; et, dans l’endroit du pays le plus écarté, séparés de leurs compatriotes indignes de leur présence, ils menaient une vie heureuse et tranquille : la terre semblait produire d’elle-même, cultivée par ces vertueuses mains.
Ils aimaient leurs femmes, et ils en étaient tendrement chéris. Toute leur attention était d’élever leurs enfants à la vertu. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes, et leur mettaient devant les yeux cet exemple si triste : ils leur faisaient surtout sentir que l’intérêt des particuliers se trouve toujours dans l’intérêt commun; que vouloir s’en séparer, c’est vouloir se perdre; que la vertu n’est point une chose qui doive coûter; qu’il ne faut point la regarder comme un exercice pénible; et que la justice pour autrui est une charité pour nous.
Ils eurent bientôt la consolation des pères vertueux, qui est d’avoir des enfants qui leur ressemblent. Le jeune peuple qui s’éleva sous leurs yeux s’accrut par d’heureux mariages : le nombre augmenta, l’union fut toujours la même; et la vertu, bien loin de s’affaiblir dans la multitude, fut fortifiée, au contraire, par un plus grand nombre d’exemples.
Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu’il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre; et la religion vint adoucir dans les moeurs ce que la nature y avait laissé de trop rude.
Ils instituèrent des fêtes en l’honneur des dieux. Les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses, et par les accords d’une musique champêtre : on faisait ensuite des festins, où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve; c’est là qu’on apprenait à donner le coeur et à le recevoir; c’est là que la pudeur virginale faisait, en rougissant, un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères; et c’est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.
On allait au temple pour demander les faveurs des dieux : ce n’était pas les richesses et une onéreuse abondance; de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n’étaient aux pieds des autels que pour demander la santé de leurs pères, l’unions de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur coeur; et ne leur demandaient d’autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.
Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les boeufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient; et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes, et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité : ils célébraient les grandeurs des dieux, leurs faveurs toujours présentes aux hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les craignent pas : ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre, et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais.
La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidité était étrangère; ils se faisaient des présents, où celui qui donnait croyait toujours avoir l’avantage. Le peuple Troglodyte se regardait comme une seule famille : les troupeaux étaient presque toujours confondus; la seule peine qu’on s’épargnait ordinairement, c’était de les partager.

D’Erzeron, le 6 de la lune
de Gemmadi, 2, 1711

Montesquieu
Lettres persanes
1721
Lettre 12


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